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jeudi 25 mars 2010

Urumqi arrêt 3...


Tant de choses à voir encore autour de Turfan, mais le temps passe et nous repartons (en voiture) pour Urumqi: dernière vision du Taklamakan avec les Tian Shan à l'horizon.

A Urumqi, nous dormons au Tak Hotel où, rappelez-vous, nous avons laissé le gros de nos bagages. Le Tak est un de ces palaces chinois pour nouveaux riches, hommes d'affaires en mission au Xinjiang. Très confortable, mais pas le sommet du bon goût: danseuse suggestive au restaurant, boîte de nuit avec entraîneuses et cabinets particuliers. Au "business center", où je tente d'envoyer un mail à ma famille, tous les PC sont monopolisés par des Chinois qui jouent en ligne pendant des heures...Voilà donc le nouveau bond en avant de la Chine.

Le lendemain, adieu Xinjiang, nous nous envolons pour Pékin et la suite des aventures...

La mosquée du vendredi







Dans ce village, plusieurs tombeaux de saints vénérés, et surtout une ravissante mosquée. C'est vendredi, et les hommes s'y rendent pour la prière. Surprise : certains portent un turban blanc ! Ronald n'a aucune peine à se joindre à eux, on le prend pour une coreligionnaire... Grâce à lui, une photo volée de la galerie. Quant à moi, ma nature inférieure m'interdit de franchir le porche du lieu sacré, et il me reste à observer le village abruti de soleil.

Plongeon dans l'immuable
















Après Bezeklik, notre taximan a tenu à nous emmener dans un village dont je n'ai pas noté le nom, et que je n'ai retrouvé sur aucun programme de TO.





C'est un village de pisé, pas très propre, où l'on dort encore sur le kang (sorte de plate-forme recouverte de tapis), où l'on cuisine à l'extérieur, où l'on tue et dépèce les moutons en pleine rue, où l'on se repose à l'ombre des mûriers et où la vie n'a guère changé depuis des siècles. Pourtant il y a l'électricité, mais probablement pas tout le temps, car l'apparence de la glace que nous achetons à l'épicerie prouve qu'elle a été dégelée et regelée 50 fois avant de finir dans notre bouche (bonjour les germes, mais nous avons résisté). Il y a des camions et des motos aussi, donc de l'essence. Et dans ce décor biblique surgit tout à coup une élégante en pantalon...

Les grottes de Bezeklik











Pour atteindre les grottes de Bezeklik, il faut s'enfoncer dans les Flaming mountains; la route est récente, et sur le parcours, on aperçoit un hôtel de luxe, qui doit accaparer toute l'eau des autochtones dans ce désert... En fait ces montagnes sont truffées de grottes, dont beaucoup sont décorées de bouddhas, mais elles ont été squattées par les Russes Blancs pendant la guerre civile; déjà abimées par les musulmans, elles ont ainsi reçu le coup de grâce; en plus l'archéologue von Le Cocq a détaché des blocs entiers pour avoir les fresques, les a emmenées à Berlin où elles ont été détruites pendant la guerre...

Le site est cependant magique, même si les grottes inspirent plutôt la tristesse devant le vandalisme des hommes.

Les montagnes de feu







D'accord, sur ma photo, les montagnes n'ont pas trop l'air en feu... mais c'est juste une question de moment dans la journée et... la saison, car la chaleur, à cet endroit, peut atteindre 70°, et alors les montagnes, dans ce désert, paraissent s'enflammer au regard. Dans un ancien ouvrage à moitié mythique intitulé "Voyage vers l'ouest", le moine Xuan Zang, en quête des textes sacrés du bouddha, se heurte à cette partie des Monts Tian Shan, une redoutable épreuve sur la route...

L'endroit est réellement unique, d'une beauté sauvage presqu'irréelle; ce qui n'a pas empêché les Chinois - jamais à court d'idées pratiques - de créer à cet endroit une attraction pour touristes, sous la forme d'un tunnel reproduisant des fresques légendaires et rappelant la conquête de l'endroit par la glorieuse dynastie Ming, aboutissant en surface à une partie commerciale, où l'on peut faire un tour en chameau, admirer les costumes ouighours et acquérir des babioles qualité chinoise. Ce n'est pas désagréable, mais derrière ce clinquant touristique, il y a bien entendu une volonté de reléguer la culture ouighour dans le folklore, ce que l'on observe aussi au Yunann pour les nombreuses minorités qui y vivent.
Remarquez que le chameau est un chameau de Sogdiane, cad avec deux bosses, et pas un dromadaire...

mercredi 24 mars 2010

A la demande de Raymond...




Deux photos de Ronald enturbanné; le seul turban bleu au Rajasthan (toutes les couleurs sauf le bleu), et le seul turban chez les ouighours - rien que des calots; ce qui faisait de lui un étrange et mystérieux voyageur... mais alors, d'où venait ce turban bleu ??? d'Ouzbekistan - où les hommes portent aussi le calot ! L'art d'intriguer le monde...
Photo: avec le gardien édenté du palais du pacha Emin, à Turfan, qui nous ouvrit gentiment la porte (l'heure des visites était passée)

mardi 23 mars 2010

Jiaohe
















Une ville-citadelle du 2ème siècle avant JC... C'est dire qu'il n'en reste pas grand chose, juste des fondations de terre, mais il se dégage de ces ruines une ambiance saisissante: ville morte au milieu du désert, sur un promontoire abandonné... Visite au petit matin, avant l'arrivée des groupes et de leur mentor historien. Pour moi pas besoin d'explications savantes, juste l'atmosphère !

Mosquée et minaret du sultan Emin






















Un peu en dehors de la ville, un site qui rappelle carrément l'Ouzbekistan : un minaret ouvragé comme à Khiva ou Boukhara... Et aussi une ancienne demeure patricienne, la maison du gouverneur. Mosquée, jardins, dégustation de petits raisins secs... pour un peu on se ramollirait comme des seigneurs persans.

Arrivée en taxi - et retour en bus stop, vu que notre taxi a disparu; très amusante expérience, tout le monde curieux du turban de Ronald - les hommes ouighour portent le calot...

Turfan











D'Urumqi à Turfan, un désert de sable et de cailloux. Souvenez-vous, au Tibet, il y a à peine quelques jours, nous avons passé des cols à plus de 5200m - eh bien à Turfan, c'est juste l'inverse, nous sommes à 150m... en dessous du niveau de la mer !!! Climat extrême et très chaud. Et pourtant... Turfan est une belle oasis où poussent des multitudes de fruits, melons, abricots et surtout raisins. Grâce à l'irrigation, les karez, un système de conduites souterraines existant depuis l'antiquité ! Comme les Ouighours sont de pieux musulmans, les raisins ne se transforment pas en vin mais en raisins secs: Turfan est la patrie des raisins secs. D'ailleurs excellents.
Turfan est une ville orientale ensoleillée. Dans le centre un long piétonnier-tonnelle, ployant sous une vigne luxuriante. Les femmes portent la soie imprimée que dans ma tête j'associe à l'Ouzbekistan. Au bazar, un choix immense de calots de toutes les couleurs. Ou de couteaux ouvragés. Sur la place bétonnée, style soviético-chinois, la jeunesse du lieu se donne rendez-vous. Et les filles montrent souvent leurs cheveux...

Modification de la carte

J'ai tenté de rendre cette carte plus claire... et je ne sais pas si j'y suis parvenue !
Légende:
- lignes pointillées: trajets en avion
- lignes continues : trajets en voiture, dans le sens des flèches
- abréviations pour les villes: D, Dunhuang; U, Urumqi; H, Khotan; Y, Yarkand; K, Kashgar; T, Turfan
Le manque de temps nous a obligés à emprunter souvent l'avion; à ceux qui douteraient de la fiabilité des lignes intérieures chinoises, je peux dire que les deux compagnies qui se partagent ces lignes sont tout à fait satisfaisantes: les avions sont modernes, confortables et ponctuels.

lundi 15 mars 2010

Urumqi







Ah ! que le temps qui passe soit maudit ! Je voulais, de Kashgar, remonter vers le nord tranquillement, en voiture, pour joindre Urumqi, la "capitale" des Ouighours, en longeant le Taklamakan, en flânant dans les petites villes et en visitant les autres grottes de 1000 bouddhas sur le parcours.
Ce n'était pas possible; nous avons repris l'avion pour Urumqi, et puis loué une voiture pour Turfan.
Notre hôtel de Kashgar - où, je le répète, l'eau chaude dépendait du bon vouloir du manager - abritait des personnalités officielles (peut-être avaient-ils réquisitionné l'eau chaude ?); le matin de notre départ, les petites hôtesses ouighours faisaient la haie pour saluer les autorités en partance: il ne nous restait plus qu'à les passer en revue... Remarquez l'imprimé très reconnaissable de leur tenue, typiquement ouzbek.
Urumqi est une ville moderne très chinoise; malheureusement nous n'avons pas eu le temps de découvrir les quartiers ouighours ni de visiter le musée qui renferme des momies découvertes dans le désert. Maudit soit le temps !!

D'Urumqi à Turfan, la route est belle, construite dans un désert de cailloux; à la sortie de la ville, un énorme champ d'éoliennes - dire que nous sommes fiers, à Ligny, d'en posséder quatre sur notre territoire...

Kashgar (4)











De flânerie en flânerie, nous parcourons les ruelles du vieux Kashgar: c'est seulement ici que l'on respire l'antique route de la soie. Tapis, soieries, blouses brodées, poignards ciselés, calots de toutes les couleurs - et aussi bonnets de fourrure, on est si près des montagnes ! Et des cultures soeurs, les Tadjiks, les Kirghizes, les Kazaskhs et surtout les Ouzbeks. Une robe turkmène me fait envie, mais la négociation tourne court, trop cher pour moi. Kashgar était, comme Dunhuang, la convergence des deux routes de la soie qui contournaient le Taklamakan. Lieu stratégique pour les grandes puissances, elle a longtemps abrité des légations russe et britannique. C'est ici qu'Ella Maillart et Peter Fleming terminèrent leur fameux périple. Bref une ville appartenant à tous les rêves, bientôt démolie par les Chinois (si ce n'est déjà fait)
Le soir, à l'hôtel Semon, (celui de tous les routards), un spectacle de danses pour touristes: on se croirait en Ouzbekistan, pour la musique et les costumes féminins, et en Russie pour les acrobaties des hommes... Mais le spectacle est aussi dans la rue: un mariage, tout proche, et les hommes dansent entre eux, tandis que la mariée se cache on ne sait où...

samedi 13 mars 2010

Kashgar (3)















Dans les vieux quartiers, les enfants vont encore pieds nus... Les commerces sont dans la rue, les hommes en calot noir et blanc passent le temps en buvant du thé, les femmes font les courses...La plupart portent le foulard mais certaines osent le calot brodé ou même rien du tout !En fait les femmes sont partout, très visibles, et on pourrait les croire assez libres. Très difficile à déterminer. La vie est lente, les Ouighours ne courent pas, ils semblent ne pas travailler beaucoup, comparés aux Chinois affairés. Vu avec nos yeux d'occidentaux, tout cela est très pittoresque - mais cache un antagonisme latent. Choc inévitable, traité par la violence, la méthode chinoise habituelle.

Kashgar (2)











Ici on est plus proche de l'Inde ou du Pakistan que de Pékin... La mosquée, sur la place centrale, est la plus grande de Chine. Comme autrefois, la place est le rendez-vous d'une foule bigarrée, anciens assis à l'ombre, familles qui flânent, vendeurs de camelote. Différences: le béton a remplacé la terre battue, les motos les chameaux, et les enfants ne courent plus pieds nus: ils sont devenus des enfants gâtés. Du moins certains.
Les grandes avenues sont aussi très animées, même le soir où les distractions nocturnes abondent, karaoke et boîtes de nuit pour les Chinois. Kashgar est une ville plurielle, habitée par deux populations - les Han et les Ouighours -qui ne se mêlent qu'en apparence. Nombreuses sont encore les femmes qui disparaissent sous cette espèce de couverture brune disgracieuse déjà vue à Khotan...

vendredi 12 mars 2010

Kashgar (Kashi)




Un nom qui fait rêver... J'attendais beaucoup de cette étape ! Malheureusement, nous avions pris du retard au Tibet, et nous sommes arrivés un mardi soir, deux jours trop tard pour le fameux marché du dimanche. Y retourner ? J'y ai bien pensé, mais je crains fort la déception: il paraît que les Chinois détruisent les vieux quartiers insalubres, les maisons en pisé et les petites ruelles tortueuses, pour les remplacer par des tours sans âme. Ici la colonisation est maximale, comme à Urumqi. C'est le seul endroit où j'ai vu des quartiers résidentiels modernes, entourés de palissades et gardés en permanence. On ne passe pas, et pas de photos.
Kashgar est aussi la seule ville ouighour où nous avons rencontré quelques touristes, tous attablés au StJohn's, le restaurant renseigné dans les divers guides pour routards...
De Yarkand, nous avons pris un taxi collectif pour Kashgar: une expérience intéressante; les chauffeurs attendent les chalands, les installent dans la voiture et partent quand le taxi est plein - ce qui ne se passe pas toujours bien, les chauffeurs se disputant violemment les clients !
Photos: notre hôtel (beaucoup d'allure mais pas d'eau chaude) et le marché couvert (pas pour moi qui suis contre les vraies fourrures)